1er Album

latwal

Pour ces 9 titres en vynil et 10 titres en CD, préparez-vous à tendre l’oreille en écoutant les compos du groupe :  peut-être y reconnaitrez-vous certains riffs de classiques du punk rock, du jazz ou de la chanson françaises, samplés sur un fond dub électro punk et accompagnés de guitares électriques. Les paroles sont en français et en anglais, mais aussi en romani, avec la mise en dub de Aušvicate hin kher báro, l’une des rares chansons sur le thème de la déportation et le génocide des tziganes, composée par des internés tziganes d’Auschwitz.

La pochette réalisée par Tôma Sickart reprend les thèmes de l’album: l’urgence de vivre, et non plus de seulement survivre au milieu d’une illusion consommatrice et dangereuse pour la planète qui nous abrite. Au milieu de tout cela, résiste la beauté et la pureté des sentiments avec la mise en musique de L’invitation au voyage de Charles Baudelaire et de Incantations of intimacy, une poésie offerte par Penny Rimbaud du groupe CRASS et interprétée en duo avec lui


Les paroles


Cache cash


Un beau matin de février
On atterrit Gare Montparnasse,
Un CDI en poche percée
La nostalgie dans les godasses.
Pendant un mois dans le métro
On scrute encore les visages,
Mais les regards alarmés
Rangent vos yeux dans vos bagages.

Un soir de mai dix ans après
On se balade dans son quartier.
Quelques saluts sur le chemin
Vous donnent un petit peu d’entrain.
Fleurs accrochées aux cerisiers
Evoquent des senteurs oubliées,
Corbeaux alertes qui se querellent ;
Rappel de sons qui s’entremêlent.

Agrippés au confort moderne
On reste là à boire le temps,
Et si tout ça n’est que du vent
On tâche d’en sortir indemne.
Plus tard peut être on partira
Vers ses ancêtres ou bien ailleurs.
En attendant on part à l’heure,
Métro, travail, et caetera.

Mais comment respirer quand on se cache
Pourquoi courir toujours après le cash
Comment peut-on encore vendre nos âmes
Pourquoi noyer le peu qui nous enflamme ?


Green alert


On m’a enseigné l’âge de pierre,
la philosophie des Lumières,
L’évolution des espèces,
où l’homme trône en maître.
Et vint la fission nucléaire et
l’Histoire de l’Art de la guerre.
Ses missiles, ses chars,
ses armes de destruction planétaire.

Regarde-moi, regarde-toi, regarde-nous,
est-ce là notre avenir ?!

Pesticides et détergents,
phosphore, mercure, plomb, arsenic,
Pétrole par milliers d’hectolitres,
déversés bien tranquillement.
Mers et océans comme hôtels
pour fûts de déchets nucléaires
qui fuient rongés par le temps,
une explosion à retardement.

La forêt tombe sous les coups des scies,
du feu et de la chasse.
Va-t-on frapper sa carcasse
jusqu’à sa dernière secousse ?
55% des espèces disparaîtront
d’ici un siècle si on continue le massacre.
Est-ce là notre futur…?


La voie de la sagesse


Ne voit pas, n’entend pas, ne parle pas,
Ne sait pas, ne dit pas, ne souhaite pas,
Ne voit pas, n’entend pas, ne parle pas,
Ne sent pas, n’aime pas, ne rêve pas.

Ne voit pas, n’entend pas, ne parle pas,
Ne croit pas, ne doute pas, n’hésite pas,
Ne voit pas, n’entend pas, ne parle pas,
Ne pleure pas, ne s’émeut, ne tombe pas.

Bourse, chiffre, profit, licenciements, hausse, CAC 40, pertes, marchés
Krach, baisse, actionnaire, traders, triple A, subprimes, déficit, rigueur.
Spécialiste, économiste, politologue, libéral, monopole, pouvoir, conquête, argent sale.

Crise, banque, faillite, endettement, finance, fortune, plus-values, milliards
Privatisation, dérégulation, dévaluation, financiarisation,
Mondialisation, délocalisation, corruption, précarisation,
Globalisation, fructification, capitalisation, que de sales rimes en « tion »

Produit toxique, produit spéculatif, paradis fiscal, Banque mondiale,
Banqueroute, inflation, système-monde, gouvernance,
Insolvabilité, FMI, fermeture, démantèlement.


Incantations of intimacy


How I cry to touch
where expression of it is only there in the taking.

When longing was rich,
how longed for I was,
but was that the tension of opposites we call love
or merely the abstraction of desire?
How freely I would come to you in the grove
that you were entertained
as I learnt the confines of the unconditional.

Is love, then, mere trinket,
a rare but never unique union of matter,
Or is it no more than corporeal flamboyance?

I have yearned landscape every bit as much as body,
indeed, I see them as one:
the laboured hillside arcing back-worn into the swirling mist:
the oil-black tarn abbreviating the moor-land:
the wind-bent blackthorn so far from the bloodied brow.
All these pulling down the sky
to whisper strange incantations of intimacy
that there perhaps might be the quietude of forgetfulness.

Then also the hawk or crow
or other carrion weighed against indifference,
screeching the epiphany,
devouring the profanities of separation.
These winged scholars
bring me wisdom and learning
beyond reach of frail mortality.
Then is it there that needs we must exist?

Oh, strange friend, I have bowed to thy feet in the bleeding
or downed the sacrament with lusty pleasure
that once again the sun might treasure our bodies
or melt us down to earth.

Yet how versed we are in resistance,
how studied against the invisible
that angels be denied the avalanche of being.

So then, I shall stand proud upon the snowfield
and await the thaw (or be buried in the waiting).


Mon profil


J’ai rêvé que l’on prenait
l’empreinte de mes yeux
Pour vérifier si c’était bien moi
Qui respirait, riait, sous cet amas de chair.
Et l’on m’interrogeait : qui était mon père
Et qui était ma mère,
étais-je bien française ?

Regarde se construire ta belle prison dorée
Un monde satellisé, vidéo surveillé,
Des puces électroniques, géo localiser
Tes moindres gestes et faits,
et ta vie profilée.

Un jour malade, il me fallut prouver
Que j’assurais social ma petite santé,
Sinon il me faudrait payer pour exister.
Si j’avais su tout ça, j’aurais refusé de naître,
Pour perdre ma vie à trimer et paraître.

Un soir rentrant du taf je fus attaquée
Par une horde de spams qui avaient tissé,
Une toile de web sur ce que j’aimais.
Sans le savoir, je leur avais livré
Mes rêves, mes choix,
mon temps sur un clavier
J’ai bâillonné l’ordi et me suis réveillée
Par la fenêtre, des enfants riaient…


L'invitation au voyage


Mon enfant, ma sœur,
Songe à la douceur
D’aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l’ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l’âme en secret
Sa douce langue natale.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l’humeur est vagabonde ;
C’est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu’ils viennent du bout du monde.
– Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D’hyacinthe et d’or ;
Le monde s’endort
Dans une chaude lumière.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
Charles Baudelaire


Ausvicate hin kher baro


Aušvicate hin kher báro
Odoj bešel mro piráno
Bešel, bešel gondoliňel
Te pre mande pobisterel.

O tu kalo čirikloro
Lidža mange mro liloro
Lidža, lidža mra romňake
Hoj som phandlo Aušvicate

Ausvičate báre bokha
Te so te chal amen nane
Ani oda koter maro
Le o blocharis bibachtalo.

Joj sar me jekhvar khere džava
Le blocharis murdarava.
Joj sar me jekhvar khere džava
Le blocharis murdarava.
Auschwitz 1944


Calamity jane


Voici l’histoire d’une célèbre femme cowboy
Que les Indiens avaient surnommé « Femme folle ».
Un chapeau et deux pistolets à la ceinture
L’homme est un loup pour l’homme et surtout pour la femme.

Martha Jane Cannary de son vrai nom
Traine au saloon, joue au poker.
Coupe les nattes des vieilles rombières
Qui veulent l’expulser et la bannir de Down town.

Calamity Jane

Martha n’a que faire des bonnes manières
Et clame sa liberté en guise de prière.
Roule sous la table quand elle est ivre
Beugle en tirant « je veux vivre ! »

Calamity ne veut pas d’un mari,
Elle n’a même plus envie de partager son lit.
Depuis que Bill dégaine au Paradis
Elle rengaine à tout va « Il n’y aura que lui ! »

Calamity a fait un pacte avec Satan,
Leurs courses endiablées sont un défi au temps.
A toute heure on les voit parcourir la plaine ;
Jamais on ne verra cheval plus fidèle.

Martha Jane est bien seule devant la mort qui rôde ;
La vue s’est envolée, les colts sont rouillés.
Au bout du ciel, une loco qui gronde.
Dans la boue de l’histoire une légende est née.


La traversée


Tu me regardes alors j’existe,
Tu me caresses alors je vis.
Laisse ton empreinte sur ma peau,
La fin viendra bien assez tôt.

Mon corps exige qu’à cet instant
Nos pensées glissent sur nos corps.
Qu’elles laissent les rideaux teintés or
Couvrir les désirs des vivants.

Il est un temps pour nous unir,
Un pour te regarder partir,
Une vie entière pour aimer.

Et si l’amour qu’on a donné
Arrive à traverser le Styx,